
Depuis la réforme de juin 2026, revendre son surplus solaire au réseau ne rapporte quasiment plus rien : environ 1,1 centime par kWh. Alors plutôt que de brader ces kilowattheures, pourquoi ne pas les partager avec ses voisins, sa copropriété, l'école du village ou l'entreprise d'à côté ? C'est exactement le principe de l'autoconsommation collective. Un modèle encore méconnu des particuliers, mais qui progresse très vite en France et qui vient d'être réencadré par un nouveau décret. Chez A2C Énergies, en Nord-Isère, nous faisons le point.
Qu'est-ce que l'autoconsommation collective ?
L'autoconsommation collective, définie à l'article L.315-2 du Code de l'énergie, permet à un ou plusieurs producteurs d'électricité de partager leur production avec plusieurs consommateurs situés à proximité. Contrairement à l'autoconsommation individuelle, où l'électricité produite sur votre toit alimente uniquement votre logement, elle est ici répartie entre plusieurs points de consommation.
Concrètement : une toiture solaire installée sur un bâtiment agricole, un hangar, une copropriété ou un local communal peut alimenter plusieurs foyers, commerces ou bâtiments publics voisins.
Deux grandes familles d'opérations coexistent :
- l'autoconsommation collective simple, à l'échelle d'un même bâtiment (typiquement une copropriété) ;
- l'autoconsommation collective étendue, entre bâtiments distincts, dans un périmètre défini par arrêté. C'est aujourd'hui le cas de la très grande majorité des opérations.
Comment ça fonctionne concrètement ?
Point important : l'électricité transite toujours par le réseau public de distribution. Il n'y a pas de câble privé tiré entre les participants. Physiquement, les électrons se déplacent comme d'habitude, du lieu de production vers le point de consommation le plus proche.
Ce qui change, c'est la comptabilité de l'énergie. Le gestionnaire de réseau (Enedis sur l'essentiel du territoire) mesure la production injectée et la consommation de chaque participant, grâce aux compteurs communicants Linky, puis affecte les kilowattheures produits selon des clés de répartition définies à l'avance.
Ces clés peuvent être :
- fixes : chaque participant reçoit un pourcentage figé de la production ;
- au prorata des consommations réelles de chacun ;
- dynamiques, ajustées selon des règles définies par le collectif.
Chaque participant conserve par ailleurs son fournisseur d'électricité habituel pour le complément : lorsque la production locale ne suffit pas, le réseau prend le relais normalement.
La PMO, pièce maîtresse de l'opération
Toute opération d'autoconsommation collective doit être portée par une Personne Morale Organisatrice (PMO). C'est elle qui fait le lien avec le gestionnaire de réseau et qui structure le projet. Son rôle :
- signer la convention d'autoconsommation collective avec Enedis ;
- définir et transmettre les clés de répartition ;
- gérer les entrées et sorties de participants ;
- organiser, selon le montage retenu, la facturation de l'énergie partagée.
La PMO peut prendre la forme d'une association loi 1901 (la solution la plus simple et la plus courante), d'une coopérative, d'une SAS, d'un syndicat de copropriété ou encore d'une collectivité.
Le périmètre : jusqu'où peut-on partager ?
C'est la question qui revient systématiquement. Par défaut, les points d'injection et de soutirage des participants les plus éloignés doivent être distants de 2 kilomètres au maximum.
Des dérogations existent : le périmètre peut être étendu jusqu'à 10 km en zone périurbaine et 20 km en zone rurale, sous conditions et sur demande. À noter que c'est toujours le participant le plus contraignant qui détermine le périmètre applicable à l'ensemble de l'opération.
Côté puissance, l'arrêté du 21 février 2025 a relevé le plafond de la puissance cumulée des installations participantes de 3 à 5 MW pour les opérations classiques en métropole continentale. Les projets portés par une commune ou un EPCI à fiscalité propre peuvent aller, par dérogation, jusqu'à 10 MW, avec un périmètre élargi à l'échelle du territoire de l'EPCI.
Deux conditions techniques s'ajoutent : tous les participants doivent être raccordés au même gestionnaire de réseau de distribution, et tous les sites doivent être équipés d'un compteur communicant Linky, indispensable au relevé des courbes de charge.
Ce que change le décret du 26 juin 2026
Publié au Journal officiel le 30 juin 2026 puis rectifié le 5 juillet, le décret n° 2026-561 réécrit une partie des règles de répartition de l'énergie. Trois points à retenir :
- La priorité à l'autoconsommation réelle est inscrite dans le Code de l'énergie : la production doit d'abord servir les consommateurs de l'opération, dans la limite de ce qu'ils consomment effectivement, avant d'être exportée ailleurs.
- Fin de l'arbitrage a posteriori. Certaines opérations ajustaient les clés de répartition après coup pour orienter l'énergie là où elle rapportait le plus sur le marché. La répartition doit désormais être fixée à l'avance. Pour les contrats conclus après le 1er juillet 2026, les coefficients doivent être transmis au gestionnaire de réseau avant la fermeture du marché spot pour livraison le lendemain. À défaut, la production est répartie au prorata des consommations.
- Création d'une « part fixe ». Chaque installation de production peut réserver en amont une fraction de sa production pour la valoriser en dehors de l'opération. Nulle par défaut, cette part fixe est verrouillée pour une durée minimale de deux ans.
La logique du texte est claire : recentrer l'autoconsommation collective sur ce qu'elle doit être, un outil de partage local, et non un instrument d'optimisation sur les marchés de l'électricité.
Pour qui l'autoconsommation collective est-elle pertinente ?
Le dispositif s'adresse à des profils très variés :
- les copropriétés et immeubles collectifs, qui peuvent alimenter les parties communes et les logements à partir d'une toiture unique ;
- les communes et collectivités, qui valorisent les toitures d'écoles, de salles des fêtes ou d'ateliers municipaux au bénéfice de bâtiments publics et d'habitants ;
- les agriculteurs, dont les grandes toitures de hangars offrent un potentiel important à partager avec le voisinage ;
- les zones d'activité et entreprises multi-sites, qui mutualisent une production entre plusieurs bâtiments proches ;
- les particuliers, notamment en lotissement ou en habitat groupé, dès lors qu'une PMO structure l'opération.
Est-ce intéressant financièrement en 2026 ?
L'intérêt économique s'est nettement renforcé avec la réforme de juin 2026. Le raisonnement est simple : un kWh de surplus revendu à EDF OA rapporte environ 1,1 centime, alors que ce même kWh partagé avec un voisin lui évite d'acheter au réseau à plus de 25 centimes. La valeur créée est sans commune mesure.
Pour le producteur, c'est la possibilité de valoriser une production excédentaire à un prix négocié bien supérieur au tarif d'achat. Pour le consommateur, c'est une électricité locale, à prix stable et souvent inférieur au tarif réglementé. Pour le territoire, c'est une production consommée sur place, sans pertes de transport.
En contrepartie, il faut être lucide sur les contraintes : le montage demande du temps (comptez généralement de 6 mois à 2 ans entre l'idée et la mise en service), une gouvernance à faire vivre dans la durée, et une attention réelle à la rédaction des contrats depuis le décret de juin 2026.
Les grandes étapes d'un projet
- 1. Constituer le collectif et vérifier l'éligibilité du périmètre (distances, gestionnaire de réseau, compteurs Linky).
- 2. Créer la PMO et définir la gouvernance ainsi que les clés de répartition.
- 3. Dimensionner l'installation en fonction des courbes de consommation réelles des participants, pas seulement de la surface de toiture disponible.
- 4. Déposer la demande auprès d'Enedis et signer la convention d'autoconsommation collective.
- 5. Obtenir les autorisations d'urbanisme (déclaration préalable ou permis de construire selon la puissance).
- 6. Faire réaliser l'installation par un installateur certifié RGE, puis assurer le suivi de production et de répartition.
Questions fréquentes
Faut-il changer de fournisseur d'électricité ? Non. Chaque participant conserve son contrat de fourniture pour la part d'électricité non couverte par la production partagée.
Quelle distance maximale entre les participants ? 2 km par défaut entre les points les plus éloignés, avec des dérogations possibles jusqu'à 10 km en zone périurbaine et 20 km en zone rurale.
Un particulier seul peut-il se lancer ? Il ne peut pas créer une opération à lui seul : il faut au minimum un producteur, un ou plusieurs consommateurs et une PMO. En revanche, il peut rejoindre une opération existante près de chez lui.
L'électricité partagée est-elle moins chère ? Le prix est fixé librement au sein de l'opération. Il est généralement positionné entre le tarif de rachat du surplus (très bas) et le prix du réseau, ce qui rend l'opération gagnante pour le producteur comme pour le consommateur.
Quelle différence avec l'autoconsommation individuelle ? En autoconsommation individuelle, vous consommez votre propre production sur votre propre point de livraison. En collectif, la production est répartie entre plusieurs points de consommation distincts via le réseau public.



